Les Archives Nationales
du Monde du Travail

La famille Motte est une célèbre famille de marchands et de fabricants textiles, originaire de Tourcoing. Les Motte possèdent un héritage familial conséquent puisque dès le XVIIème, des Motte sont référencés comme marchands dans le commerce de laines. Le domaine d’influence des Motte s’étend au XVIIIème, siècle des premières filatures de la famille à Roubaix. Le XIXe siècle est une époque charnière, qui annonce la modernité et les avant-gardes du début du XXe. La société occidentale fait l’objet de transformations en profondeur - politiques et économiques - et par conséquent artistiques. Les révolutions industrielles - l’industrialisation - se caractérisent par trois types de transformations : agricole, démographique, industrielle. La Grande Bretagne est le premier pays concerné. En 1841, Louis Motte épouse Adèle Bossut, la fille du maire de Roubaix. Suivant les conseils de sa mère, il quitte la France pour l’Angletterre et revient de Manchester, capitale du textile, inspiré par le dynamisme industriel anglais. La construction de la filature de coton Motte-Bossut débute au bord du canal de Roubaix en 1843.

L’usine Motte-Bossut possède du matériel technologiquement innovant. Ses métiers à filer, importés d’Angleterre sont hautement performants et permettent une production rapide. La «filature-monstre» se développe rapidement, malgré de nombreux incendies. Elle triple sa capacité de production en quelques années. Louis Motte y ajoute une annexe en 1864, de l’autre côté du canal, face à une hausse du rendement et de l’économie. Cette annexe abrite aujourd’hui les Archives Nationales du Monde du Travail, boulevard Leclerc. En 1866, l’usine-monstre est entièrement détruite par un incendie. Elle ne sera pas reconstruite, son annexe étant privilégiée car elle présente de plus grandes facilités d’extensions et est dotée d’une technologie anti feu, d’origine anglaise. L’annexe n’est donc pas construite en matériaux inflammables, comme le bois, mais grâce à un système de voûtes en briques soutenues par des poutres en fer et des colonnes en fonte. Cette structure permet de libérer de grands espaces, adaptés à recevoir de nouveaux métiers à tisser mécaniques. L’extension se développe au XIXème siècle, de part et d’autre de l’annexe. La construction du corps central de l’usine se termine en 1891. L’ensemble industriel est alors long de plus de cent mètres. Deux tours crénelées sont construites en 1905, elles marquent l’entrée de l’usine et la fin des modifications architecturales du bâtiment en tant que filature. L’usine stoppera définitivement son activité textile 1981, touchée par la crise et la récession du secteur. Elle accueile les Archives Nationales du Monde du Travail depuis 1933.

La typographie du XIXe siècle a subi de plein fouet les effets de toutes les révolutions de cette période tourmentée mais, surtout, ceux de la révolution industrielle. Le XIXe siècle typographique est ainsi marqué par le foisonnement et l’excès, par des oppositions d’austérité et d’extravagance. L’architecture de l’annexe, de l’usine Motte-Bossut à partir de 1866, est empreinte de modernité dans le choix de ses matériaux (fer, fonte, brique) : elle s’inscrit en partie dans une architecture industrielle moderne, fonctionnelle. Pourtant, avec sa tour crénelée, ses fenêtres et sa cheminée, l’usine est aussi surnomée «château d’industrie». Cette analogie peut s’expliquer à travers l’histoire et l’empreinte de la famille Motte-Bossut et de l’industrie textile de Roubaix. On peut voir cette architecture comme un hommage à la puissance industrielle de la filature, à son succès triomphal et à sa renomée mondiale. L’usine est donc caractérisée par son aspect monumental, presque à l’entrée de la ville, axée autour des grands boulevards qui étaient à l’époque le coeur bourgeois et industriel de Roubaix (au déclin du textile, ce coeur se déplaça vers le centre ville). L’impression d’être face à une forteresse médiéval est renforcée par la structure métallique de l’entrée qui rappelle un pont-levis. Les modifications architecturales opérées par Alain Sarfati en 1993 constrastent avec l’ensemble en brique de l’usine. Elles ajoutent pourtant à la grandeur du bâtiment. En effet, les extensions et les éléments en verre et en métal blanc rappellent un paquebot. Les façades latérales sont marquées par l’orthogonalité, renforcée la régularité des fenêtres et les éléments ornementatifs en fonte rouge qui révèlent la structure métallique interne. Cet aspect est en constraste avec les nouveautés de Sarfati, qui brise la régularité des murs hauts de cinq étages et longs de plusieurs dizaines de mètres. Il a également rappelé les colonnes, les tours, sur un pan du bâtiment. L’ensemble du bâtiment est maintenant un mélange entre modernité : le travail de Sarfati et l’architecture industrielle du XIXème, et rappels du passé : les références à un château féodal et plus globalement au Moyen-Age.

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