La Condition Publique

Bâtiment industriel iconique de l’histoire économique, politique et architecturale tumultueuse de la ville de Roubaix, la Condition Publique est devenue aujourd’hui un exemple de réhabilitation culturelle des bâtiments industriels dans la métropole lilloise en se transformant en un véritable laboratoire créatif à destination des artistes de tout bord. Cet immense bâtiment au cœur du quartier du Pile n’a pourtant pas toujours eu cette vocation. Sa destinée est intimement liée à l’histoire économique et politique de l’industrie du textile roubaisien. Ainsi, la Condition Publique telle que nous la connaissons aujourd’hui n’est en fait que la dernière d’une lignée de plusieurs bâtiments, construits un peu partout dans la ville de Roubaix et visant le même objectif : contrôler et certifier la qualité des matières textiles avant leur vente.
C’est en 1857 que la ville de Roubaix, à l’instar d’autres centres textiles en France comme Lyon, se dote pour la première fois d’une Condition Publique, installée rue du Château. Néanmoins avec l’essor de l’industrie du textile à Roubaix, les besoins augmentent et le déménagement de la Condition Publique au Boulevard d’Halluin ne suffit pas à calmer l’irritation des industriels. Ceux-ci, par le biais de la Chambre du Commerce, lancent de nombreux appels pour la construction d’un nouveau bâtiment, plus grand et plus proche des usines textiles. Le conflit durera alors plusieurs années et c’est seulement le 27 octobre 1899 que, grâce à l’intervention de l’État, la Chambre de Commerce est autorisée à construire Place Faidherbe une nouvelle condition publique. Elle sera achevée en 1902, année de l’élection à la mairie de Roubaix d’Eugène Motte, ex-porte-parole du patronat.

La construction, débutée en 1901, se fait sous la direction de l’architecte roubaisien Alfred Bouvy qui s’inspire alors du style architectural d’autres bâtiments de conditionnement public tel que celui de Tourcoing. Bien que parfaitement représentatif d’un certain style industriel de la fin du XIXe siècle dans le Nord de la France avec sa brique, on peut retrouver sur les éléments de la façade un certain éclectisme avec la présence d’éléments décoratifs en pierres blanches rappelant un style architectural et ornemental plus proche du style beaux-arts, propre à la deuxième moitié du XIXe siècle. Cachée derrière la façade, la structure globale du bâtiment est quant à elle réalisée en béton armé, ce qui constitue l’une des premières tentatives de ce genre à Roubaix. L’espace de la Condition Publique se compose ainsi de deux grands ateliers de 2500m2 pour lesquels aucune ornementation superflue n’a été réalisée. Ils sont construits autour d’une rue en U couverte partiellement par un toit de verre soutenu par une structure d’acier. L’ensemble est ainsi très caractéristique de l’architecture lumineuse de l’époque. D’autres salles plus petites faisant office de bureaux et de logements pour le directeur ont été construites à droite de l’entrée avec une décoration simple et des moulures en bois ordinaire.

La Condition Publique a préservé sa fonction première jusqu’en 1972, date à laquelle l’activité textile s’avère être trop faible pour continuer l’exploitation du bâtiment. Une entreprise de transport maritime et aérien reprend alors le flambeau jusqu’en 1998, date de cession du bâtiment à la commune de Roubaix. C’est en 2003 qu’un projet de réhabilitation de l’ensemble de la structure est entrepris avec pour mission de respecter au maximum les lieux tout en concevant un outil culturel moderne. Les travaux sont dirigés par l’architecte Patrick Bouchain, avec pour mot d’ordre de faire de la Condition Publique un espace d’expérimentation et de travail au sein de la ville de Roubaix et d’y ramener la vie, notamment par la lumière. Après un an de travaux, cette nouvelle Condition Publique ouvre ses portes en avril 2004 en tant que Maison Folie de Roubaix avec pour ambition de devenir un véritable pôle culturel de la métropole lilloise. Le bâtiment est alors remodelé afin de correspondre aux quatre ambitions de l’institution : permettre la création à travers des espaces d’ateliers, la diffusion grâce à des salles de spectacles et de diffusion, la convivialité et la vie au sein de lieux comme le restaurant et enfin la formation et l’éducation du plus grand nombre à la culture.

Depuis 10 ans, la Condition Publique est ainsi devenue une institution reconnue dans le milieu de la culture en proposant des événements et rendez-vous à rayonnement national et international. Ce bâtiment, iconique de l’histoire roubaisienne du textile avec son expansion, ses crises successives puis son déclin, a connu une réhabilitation réussie qui en a profondément transformé l’image, de temple de l’industrie à centre de la vie culturelle roubaisienne.

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