L'Ensait

L’ENSAIT (École Nationale des Arts et Industries Textiles) est une école roubaisienne, un point central situé sur l’axe reliant la gare et l’hôtel de ville, qui s’inscrit dans une réelle opération d’urbanisme. Construite entre 1885 et 1889 sous le nom d’ENAI, elle s’inscrit dans un tournant essentiel de l’histoire, au moment où la révolution industrielle introduit l’art dans l’industrie, ce qui provoque par la suite le développement des écoles d’arts appliqués. Dans un même temps, Roubaix, alors une des premières cités lainières au monde, souhaite se doter d’un lieu d’enseignement polyvalent, alliant art et industrie pour développer sa production. La ville adopte le projet de l’architecte Charles Louis Ferdinand DUTERT : un établissement destiné à réunir les cours publics, les écoles académiques (tissage, dessin, ...), leurs collections, le musée artistique et industriel, ainsi que la bibliothèque.

Cette nouvelle bâtisse bénécie d’une architecture remarquable qui répond à la fois à un désir de théâtralisation mais également au fonctionnalisme nécessaire que demande un établissement d’apprentissage et d’éducation. C’est un bâtiment qui se veut à l’image de la tradition textile roubaisienne, avec une architecture qui allie classicisme et modernité, tradition et avenir. La structure de l’école fait en partie référence au classicisme du XVIIe siècle. En effet, il s’agit du plan d’un château Renaissance avec sa cour centrale et ses ailes. La géométrie très présente dans l’édice, les jeux de briques et de pierres, la forme des toits, l’utilisation de l’ardoise, la symétrie de la façade, tous ces éléments évoquent également l’architecture du XVIIe siècle. Diérentes allégories sculptées rappellent la destination de l’édice industriel (l’art industriel, les sciences, la peinture, la musique, les mathématiques, ...) de manière plutôt discrète, tandis que d’autres gurines se tiennent sur la façade à l’exemple des chérubins enfermés dans un des tympans. De plus, une haute cheminée de briques, symbole identitaire située derrière la façade, a permis à l’école de s’insérer parfaitement dans le décor industriel de la ville. Autour du bâtiment, le jardin à la française, ainsi qu’un muret en pierre, prolongé par des grilles, entoure les bâtiments de l’école et l’enferme dénitivement au niveau des portails. Par ailleurs, les ossatures des planchers et des charpentes sont métalliques. De fait, en tant que pionnier de l’architecture de métal et du verre (symbole du renouveau des arts à cette époque), Dutert utilise largement ces deux matériaux pour les besoins d’espace, d’air et de lumière.

À l’intérieur de l’édifice, les différentes nuances se font également ressentir, avec une ossature métallique partiellement visible, notamment les poutres boulonnées qui font partie intégrante du décor, tandis que des boiseries ornent les murs, les portes, les escaliers, mais aussi l’amphithéâtre et la bibliothèque. Ces deux pièces possèdent chacune une porte d’entrée de bois encadrée d’un fronton de pierre blanche, supporté par deux statues, qui indique le nom de la salle en capitales. Au plafond de la bibliothèque, quelques lignes et formes géométriques colorées agrémentent les poutres métalliques. Dans chaque angle de la salle, des escaliers à plan serpentin mènent à une galerie, avec une rampe en fer forgé. Le mobilier est celui de l’époque de sa construction (étagères en chêne, des tables massives, des lampes au pieds travaillés). De l’autre côté, l’amphithéâtre, destiné à un enseignement de portée générale (arts, industrie, sciences) pouvait accueillir 650 personnes. L’estrade des professeurs est encadrée de cariatides en bois et de bustes de grands industriels roubaisiens. Les peintures et boiseries ont aussi été conservées. Au centre du bâtiment principal se situe la cour d’honneur, autour de laquelle circulent des galeries percées d’ouverture. La structure métallique supporte une verrière, ce qui crée un puits de lumière.

L’ENAI, devenue l’ENSAIT en 1921, réunit donc tradition, classicisme et modernité. Derrière une façade de briques, de pierres et un toit en ardoise, elle cache un squelette métallique et une verrière qui témoignent d’une volonté de s’inscrire dans un paysage industriel et de rappeler qu’il s’agit d’un lieu d’enseignement, dans les domaines textiles et artistiques. Séparée de cette dernière branche en 1973 lors de la création de l’ESAAT, l’école est aujourd’hui spécialisée dans l’ingénierie textile Ainsi, cette école semble réunir plusieurs époques en un seul lieu, source d’inspiration pour encore plusieurs générations.

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