Le Fresnoy

à l’origine le Fresnoy est un lieu-dit, nommé ainsi à cause de sa forte concentration de frênes. À cet emplacement se situait autrefois le château Descat, du nom de son propriétaire, Constantin Descat (ancien maire de Roubaix). Il fut néanmoins détruit, ne laissant que ces écuries. Jean Deconincq rachète en 1905 ces écuries et y construit un complexe de loisirs, premier dans ce genre, de 11 000m2. Il ouvre ses portes en 1907, proposant au public de Roubaix-Tourcoing, une piscine, qui deviendra un manège d’équitation, et une grande salle de patinage à roulettes, des bars, des salles de jeux et machines à sous, un dancing, une salle de sport, des jardins, un cinéma de 1700 places, etc. Le Fresnoy était aussi réputé pour ses combats de catch dans les années 1950. Ce lieu reflète une époque faste pour Roubaix-Tourcoing apparue grâce à l’industrie textile. Mais à partir de 1971, la désindustrialisation provoque le déclin des villes textiles et du Fresnoy dans le même temps, dont la fermeture définitive est décidée en 1977, après des années d’abandon.

À la fin des années 1980, le ministère de la Culture a l’idée de créer un «Bauhaus de l’électronique». Alain Fleischer, jeune artiste et écrivain, et Dominique Bozo, délégué aux arts plastiques au ministère de la Culture, choisissent la zone de Roubaix-Tourcoing pour installer ce concept. Ils ont le coup de foudre pour le Fresnoy après quelques visites de friches industrielles, séduits par l’espace et surtout l’histoire du lieu. La restauration du bâtiment est alors proposée à plus de 160 architectes sous la forme d’un concours. C’est la proposition de Bernard Tschumi qui est retenue car il est le seul à conserver l’ancien bâtiment et donc son passé. Le lieu étant délabré, il n’y avait que trois solutions : démolir, restaurer à grands frais, ou protéger l’existant, ce qui fût l’idée de Tschumi qui plaça la bâtisse sous «hangar».

L’ architecture se base sur une succession de boîtes à l’intérieur de boîtes. La première boîte forme la surface extérieure du bâtiment, composée principalement du toit, percé de grandes verrières en forme de nuages, qui couvre l’ensemble du complexe. De nombreuses passerelles et escaliers permettent de déambuler dans cet espace. En dessous de ce toit se trouvent les bâtiments d’origine formant une seconde boîte. Seule une petite partie des bâtiments a été reconstruite dans un langage résolument plus contemporain. À l’intérieur de cette seconde boîte, ont été développés différents espaces, différentes boîtes (salles d’expositions, cinémas, salles de production, etc.) techniquement autonomes selon leur fonctions, mais qui conservent la fluidité des espaces du Fresnoy.

En octobre 1997, en lieu et place du Fresnoy, le Studio National des Arts Contemporains ouvre ses portes avec une première promotion d’étudiants. L’année suivante, les deux salles de cinéma rouvrent au public, avec des séances quotidiennes. L’objectif est que les riverains s’approprient le Fresnoy actuel. Pour cela, le complexe contient une école, un plateau de tournage, une médiathèque, des salles de spectacles et d’expositions, de cinéma, des laboratoires de recherches et de production, des locaux administratifs, un restaurant/bar et une dizaine de logements.

Concernant l’école, le Fresnoy accueille pour une formation de deux ans des étudiants de toutes nationalités, dont le cursus oscille entre arts visuels traditionnels et nouvelles technologies. La typographie utilisée dans le logo et sur le bâtiment en lui-même, est la Gotham. Son créateur, Tobias Frère Jones, s’inspire pour la créer des lettrages des années 1930 que l’on trouve sur les enseignes des boutiques de Brooklyn. Cette police de caractère, originaire de la rue, robuste et ferme sans pour autant avoir le côté austère des typographies suisses, colle parfaitement au Fresnoy. En choisissant la Gotham, Le Fresnoy s’empare de l’univers de cette police : l’époque, l’ambiance populaire de la rue, etc. Il est amusant de remarquer que ce même typographe a créé une autre police, inspirée de la même époque, mais s’appuyant cette fois sur les affiches de combats de boxe : la Knockout, qui est proche de celle qu’on retrouve sur les affiches du catch du Fresnoy.

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