L'Hôtel de Ville

Connaissant son premier essor industriel en 1840 la ville de Roubaix fait construire un hôtel de ville qui aurait pour fonction d’être le Chef-lieu de la commune. Sa puissance industrielle continuant de s’accroitre, l’hôtel de ville ne convient plus à la nouvelle image de splendeur de Roubaix. C’est alors en 1907, que l’on voit apparaître la nouvelle architecture de l’Hôtel de ville entraînant la destruction de l’ancienne mairie de 1840. Ce dernier est construit selon les plans de l’architecte Victor Laloux, architecte de la célèbre Gare d’Orsay à Paris. Ce nouvel hôtel de ville deviendra le symbole de l’essor économique de Roubaix au XXe siècle.

Cet essor industriel et démographique, la ville de Roubaix le doit au développement de son industrie textile. En effet la vocation textile de Roubaix émerge dès l’époque du moyen-âge avec le travail de la laine. Ce penchant pour le textile va s’affirmer au fil des époques et va s’intensifier au début du XIXe siècle avec la révolution industrielle et l’implantation des premières usines. L’ essor textile ainsi que la richesse que celui-ci a apporté sont matérialisés sur la façade de l’Hôtel de ville à travers une frise.

La fin du XIXe siècle jusqu’au début du XXe siècle est une période où l’on redécouvre les styles du passé afin de les ré-utiliser et de les mélanger à d’autres styles ayant appartenu à d’autres époques. Ce mélange stylistique se retrouve clairement sur la façade de l’Hôtel de ville évoquant ainsi la puissance économique et la richesse de la ville. En effet on constate une association homogène entre la rigueur de la renaissance et l’éxubérance des courbes du style baroque, auquel est ajouté quelques éléments se référant à l’architecture antique tels que la succession de colonnes ioniques et de frontons. Les caractéristiques de la renaissance se retrouvent par la rigueur et la régularité de la structure mais aussi par la symétrie de la façade. En effet on remarque que l’Hôtel de ville est composé d’un corps central et de deux ailes rectangulaires placées en retrait du corps central. L’aile gauche abrite la Chambre de Commerce et celle de droite les services municipaux. Cette allure froide et stricte du bâtiment est adoucie par la présence du style baroque et la prolifération de formes courbes, d’ornements, d’éléments végétaux. On retrouve aussi l’excentricité du style baroque par son côté luxueux. Ce luxueux se retrouve sur la façade avec les quelques détails courbés et dorés sur les portes et les balcons mais aussi par la grandeur des portes d’entrée. Cette excentricité se veut démonstrative de la puissance Roubaisienne de l’époque. L’intérieur du bâtiment est également le reflet d’une splendeur passée. Cette richesse est perceptible dès la porte principale qui, donnant accès au hall d’honneur débouche sur un escalier monumental à double entrée. De même plus haut, au premier étage on peut voir plusieurs salles richement décorées comme le salon d’honneur, la salle des mariages, la salle des conférences etc Dans chaque salle on peut remarquer la présence de lambris, de moulures, de rosaces et de plafonds à caissons peints.

L’influence de l’industrialisation est également perceptible dans d’autres domaines artistiques comme la typographie. En effet l’éclectisme cité plus haut dans l’architecture s’est également retrouvé dans le domaine de la typographie. Ce qui s’est traduit par un aspect extravagant et très ornemental des caractères. Cependant au XXe siècle les typographes apporteront de la modernité au style du passé en allégeant les ornementations. On verra alors la renaissance des caractères classiques comme le Garamond et le Didot et l’apparition de l’Auriol de William Morris en 1901. Les recherches typographiques tournées vers l’industrie et la publicité mais aussi l’arrivée du Bauhaus donnera naissance aux premières typographies sans empattements, débarrassées de tous éléments superflus.

Pour conclure l’Hôtel de ville de Roubaix associe dans son architecture monumentalité, éclectisme et modernité. Par son style beaux-arts, il rassemble et homogénéise plusieurs style architecturaux possédant des caractéristiques totalement différentes afin de montrer et/ou de rendre hommage à son passé de puissance textile mondiale et à sa période de prospérité qu’elle a connu avant la crise de 1970.

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