Le Musée
« La Piscine »

Le Musée d’Art et d’Industrie André-Diligent n’a pas trouvé demeure au sein de la piscine municipale de Roubaix dès la conception de sa collection ; son emplacement évolue de nombreuses fois. Né des mains de manufacturiers, il a pour but de protéger les produits manufacturés de la concurrence. Représentatif de la révolution industrielle, il s’impose comme gardien de la mémoire de cette époque et comme source d’instruction. Il s’installe au second étage d’une ancienne filature, s’orientant alors vers les Beaux-Arts puis est transporté à l’ENSAIT. La collection du musée se voit alors complétée par de nombreux donateurs tels que Victor Champier, ou Henri Selosse. En 1990, le conseil municipal valide l’idée de transformer l’ancienne piscine en musée afin de le faire exister réellement.

En 1922, les théories hygiénistes apparaissent pour l’essentiel dans le prolongement des découvertes de Louis Pasteur, et dans la continuité se développe le thermalisme. De même, la mode est aux constructions en fer et en verre qui laissent passer la lumière, et aux matières « propres ». C’est suivant ce mouvement que le maire de Roubaix, Jean-Baptiste Lebas, décide de faire construire une piscine municipale, véritable programme politique et social. Ainsi, le maire charge l’architecte lillois Albert Baert de construire « la plus belle piscine de France ». En 1927 commence la construction de la piscine de style art déco et elle est inaugurée le 2 octobre 1932. En parallèle, les bains municipaux sont réalisés afin de constituer la première entrée pour y accéder : la façade est conçue comme le narthex d’une basilique du haut moyen-âge, une sorte de vestibule avant la nef où l’ouverture sur la rue se fait par trois baies en plein cintre, séparées par d’imposantes colonnes qui semblent monolithiques. Baert fait ici référence au moyen-âge et associe aux motifs en pointes de diamants et aux traditionnelles feuilles d’eau ou d’acanthes la stylisation art-déco des grilles en fonte montrant des éléments végétaux géométrisés. Ainsi, en restant dans le gabarit des façades étroites, l’architecte incruste un travail monumental qui permet de la distinguer des bâtiments industriels.

Ce travail néo-romano-byzantin est assez proche du modèle régionaliste de 1929. En effet, le choix de la monochromie du béton travaillé en faux appareil, en référence au grès rose des Vosges associé à l’architecture mérovingienne, l’économie de motifs décoratifs et la lisibilité des différents niveaux permettent de concilier théâtralité et simplicité, ce qui annonce le parti pris de l’intérieur du bâtiment. Conçu comme un véritable sanctuaire de l’hygiénisme, il offre un équipement sportif de grande qualité et très décoré ; de nombreuses cabines de douches sur deux niveaux au rythme des façades sur jardin et un bassin de 50 mètres couvert de mosaïques, surplombé de la sculpture de Neptune le lion de mer. Le bassin est éclairé par des verrières multicolores représentant le soleil levant et le soleil couchant, tel une nef tenant lieu de chapelle abbatiale. À l’image des abbayes cisterciennes mais dans un esprit néobyzantin, quatre ailes sont disposées autour d’un jardin, la roseraie, qui évoque un cloître. La piscine établit un dialogue permanent entre l’espace public de par sa théâtralité et l’extrême intime du corps. Cette beauté liée à l’efficacité donne naissance au nationalisme théâtral, lieu de rencontre entre les enfants du patronat et le monde des courées. En ce qui concerne la typographie, dans les années 20-30, la recherche s’axe sur des polices simples dépouillées d’empattements, appelées linéales. Leur nouveauté les affranchit de toute connotation historique ou nationale, révélant une beauté fonctionnelle, tout comme la typographie utilisée pour signaler les cabines. Ce mouvement est illustré par le Bauhaus, ainsi que Tschichold, qui s’impose en référence avec sa Ubertype Grotesk, inspirée de la Gill Sans d’Eric Gill, mariant art et industrie.

L’ année 1985 marque la fin d’activité de la piscine. Treize ans plus tard débutent les travaux sous la direction de l’architecte Jean-Paul Philippon, la « métamorphose de l’objet architectural ». L’ensemble du bâtiment est alors restauré : des salles d’expositions temporaires sont construites ainsi qu’une nouvelle aile le long du jardin de la piscine pour le parcours Beaux-Arts. Au centre du bassin bordé d’un jardin de sculptures, une lame d’eau rappelle la vocation première du lieu. Cet espace central est utilisé pour des expositions, des défilés. Les cabines, dont on a réemployé les briques émaillées d’origine, ont été réhabilitées en vitrines qui scintillent comme des lanternes éclairant la ville de Roubaix . Un monumental portique en grès émaillé polychrome conçu par l’architecte-décorateur Sandier ponctue le bassin. Les travaux s’échelonnent de janvier 1998 à la fin de l’automne 2001 et l’inauguration du musée a lieu en octobre 2002. Dès la première année, le lieu accueille 200 000 visiteurs, et chaque année suivante, environ 260 000.

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