La Maison
« Classique »

Pendant la seconde moitié du XIXe siècle, Roubaix a un important rayonnement mondial grâce à son industrie textile. Possédant également un patrimoine architectural riche, elle attire diverses populations. Cependant, la structure de la ville n’est pas très lisible, et ses entrées de la ville ne sont pas mises en valeur. C’est pourquoi en 1868 l’élément le plus structurant du tracé urbain va subir de nombreuses transformations pour devenir une nouvelle entrée. Cet endroit, c’est l’enfilade de boulevards du Général de Gaulle-Leclerc-Gambetta, qui suit le tracé de l’ancien canal qui rattachait Roubaix à la Belgique. À cette époque le canal s’étend encore jusqu’au pied du boulevard du Général de Gaulle, mais il est décrit comme un endroit dangereux et malsain. Le projet est de combler cette partie du canal et de la transformer en grands boulevards qui marqueront une nouvelle entrée pour la ville et la relieront directement avec Lille. La mixité des fonctions des nouveaux bâtiments et la noblesse de leur traitement révèlent une volonté de montrer la richesse bourgeoise de la ville. Ainsi sont construites des usines, des maisons bourgeoises (dites « des médecins »), une grande salle de spectacle (l’Hippodrome Théâtre), une poste centrale, des estaminets...

En 1908 l’architecte Elie Derveaux construit une maison de style plutôt classique au premier abord, au 10 boulevard Leclerc. Surnommée « La maison du négociant Florin », ce bâtiment n’a pas subi de gros changements entre sa création et aujourd’hui, mis à part sa transformation en cabinet d’architecte. D’abord pouvant être assimilée à un style néoclassique, la maison est un savant mélange de plusieurs styles et fait référence à différentes époques. En effet la structure est assez rigide et simple : la façade est rythmée par les fenêtres, les pilastres et colonnes ainsi que les quatres étages dans une organisation très orthogonale. Elle joue cependant sur l’asymétrie : La partie gauche de la façade est en effet plus ornementée, les fenêtres sont plus larges, c’est là que se concentrent les pilastres, colonnes, les entablements et les balcons. La partie de droite est plus simple, avec des fenêtres plus petites et étroites et seule l’entrée est ornementée.

En regardant de plus près les ornements de cette façade, on remarque beaucoup de volutes, de formes végétales, de bas-reliefs représentant des figures humaines ou animales. C’est donc un vocabulaire ornemental assez opulent et théâtral, qui correspond à un autre courant architectural de l’époque, moins répandu que le néoclassicisme, le néo-baroque. Cependant on peut voir quelques similitudes singulières avec la maison Art Nouveau au 16 de la même rue, créée par le même architecte. Cet éclectisme au niveau du vocabulaire architectural montre une richesse culturelle et une certaine originalité. La maison multiplie les ornements très appuyés et les symboles forts.

Ce siècle est marqué par une ébullition politique, dans le sillon de la révolution de 1789. Cependant, plus qu’une période de bouleversements politiques, c’est une époque d’innovations et de découvertes. Toute l’Europe occidentale se consacre à l’industrie, à la science et aux conquêtes coloniales. Ce contexte historique riche nourrit l’art, qui commence à revendiquer une liberté dans la création et à se détacher de l’académisme.

Les constructions architecturales de cette époque attestent d’une tension entre les progrès technologiques et le fort désir de continuer à investir les styles historiques. Le fort regain d’intérêt pour l’histoire influe sur les courants architecturaux à la mode. L’Antiquité est représentée par le courant néoclassique, qui domine les productions architecturales, mais également le Moyen-Âge, source d’inspiration très importante. C’est l’époque des « néo » styles, qui comprend également un renouveau de l’art baroque.

Pendant l’époque industrielle naît également un besoin de typographie publicitaire. Ainsi sont utilisés des caractères dits « antiques », sans empattements, dans de fortes graisses, comme l’Akzidenz, ancêtre de l’Helvetica. Au XIXe siècle, avec l’apparition des lynotypes la création typographique s’essouffle. On reprend essentiellement des caractères anciens que l’on redessine, les Revivals. C’est le cas par exemple de la Garamond, typographie née au XVIe siècle, époque où cohabitait style baroque et classique.

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