La Maison
« Métallique »

Malgré son classement en 1998 au rang de monument historique, ce petit morceau d’art nouveau perdu dans un paysage Roubaisien hérité de la révolution industrielle semble ne pas résister aux assauts du temps. En effet, ce classement n’aura pas amené les pouvoirs publics à prendre en charge une rénovation, même sommaire. La famille résidant dans de ce quartier relativement modeste de Roubaix ne peut évidemment pas assumer une remise à neuf respectueuse de l’architecture d’origine.

À la cette fin de XIXème, la révolution industrielle amène Roubaix aux milles cheminées a son apogée économique. La population s’est multipliée par 16 depuis le début du siècle, attirée par la « capitale mondiale du textile ». Les populations immigrent massivement pour répondre aux besoins toujours plus grands en main d’oeuvre de l’industrie Roubaisienne. Les maisons ouvrières, pas toujours salubres et souvent surpeuplées se construisent autour des grandes usines textiles. En résultera un agglomérat d’habitations plutôt anarchiques et une urbanisation assez peu réfléchie. La ville est donc composée de centaines de maisons de style local et fonctionnel, briques rouges et toits pointus posés sur de plates façades, sans autres fantaisies que les rares ornements des chiens assis ou des si nombreuses cheminées. Quelques bâtiments remarquables par leur architecture verront tout de même le jour à cette époque, comme la maison du 16 boulevard du général Leclerc construite quelques années après la maison métallique dans un style art nouveau plus assumé. Du reste, c’est plutôt vers Lille, aux propriétaires immobiliers bien plus aisés, qu’il faut se tourner pour trouver des constructions art nouveau en cette fin XIXème-début XXème. C’est là où se trouvent par exemple de remarquables bâtiments comme la maison Saint-Étienne de Pouillet et celle du Céramiste Coillot réalisée par Guimard, La maison métallique a été construite en 1893 par un marchand de fer dans un but résidentiel, mais avait également comme mission de faire de la publicité pour son activité. C’est que le travail de ferronnerie y est remarquable, tant dans la qualité de l’ornementation tout en arabesques et en motifs floraux du balcon que dans l’ossature générale de la maison. Ce mariage heureux de de fonte et d’acier, dans la droite lignée de l’art nouveau de cette veille de 20ème siècle, vient accueillir un contrepoint inattendu : les briques rouges, si constitutives des bâtiments du nord. C’est cette inscription presque nonchalante dans le paysage environnant, alliée à l’évidente audace de la part du ferronnier qui donne tout son charme à la résidence du 9 rue Parmentier. Les balcon s’avançant sur la rue et le bow-window semblant suspendu au-dessus du vide sur la droite de la façade font littéralement ressortir la maison au milieu des élévations environnantes présentant très peu de reliefs. Les couleurs restent assez sobres, mélange du rouge des briques, du blanc des encadrements des portes et fenêtres et du gris sombre de la fonte. Il n’est néanmoins pas fantaisiste d’imaginer la présence de plus de couleurs à l’époque de sa construction : le bleu vif de l’art nouveau ou des peintures beiges plus douces venaient peut-être décorer et relever encore un peu plus l’aspect si particulier de la maison. Cependant, pour une architecture marquée par l’art nouveau, on s’étonnera du manque de courbes dans la structure de la maison.

La relative pauvreté de la ville en termes de culture architecturale (du moins à cette époque) explique ce style si particulier, que l’on ne peut pas à proprement parler relier à une école précise. Malgré son acceptation tardive parmi les monuments historiques de Roubaix, on notera tout de même que l’oeuvre était assez singulière pour ne pas avoir été détruite pour reconstruire une maison plus fonctionnelle. Il y a fort à parier que ses résidents successifs ont habité cette maison par amour de son originalité, comme la famille qui y vit actuellement, déclarant se battre pour en faire un lieu vivable malgré les coûts terriblement importants qu’implique toute rénovation. La façade n’est donc pas prête de retrouver son lustre d’antan, les résidents ayant pour premier objectif de pallier tous les problèmes d’isolation et de vétusté lié à l’habitat d’une maison vieille de plus d’un siècle.

La rencontre avec cette maison fut avant tout une source d’étonnement. Le quartier de l’Hommelet où elle se trouve étant assez éloigné du centre-ville, le contraste architectural est saisissant, d’autant plus que l’aspect moderne de Roubaix est à mille lieues de l’apparence certes dégradée mais encore intacte stylistiquement de cette maison métallique. Au bout de rues remplies d’épiceries, de magasins discount et de sandwicheries de proximité, la maison semble irréelle, le souci du détail présent sur toute la façade allié aux multiples dégradations visibles lui conférant une aura d’apparition du passé.

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