Le Palais
de Justice

Pierre, Antoine, Louis Catteau est né le 16 mai 1820 à Comines et est issu d’une famille de fabricants de rubans. Pierre Catteau arrive à Roubaix en 1844 et fonde son entreprise rue de la Fosse-aux-Chênes. Il oriente sa production vers des tissus de soie qui le font connaître. Étant associé à ses deux frères, lesquels possédaient une retorderie, la famille Catteau occupait une place importante dans la production de tissus roubaisiens jusqu’à la fin du XIXe siècle.

Malgré des incidents sanitaires au XVe siècle, Roubaix trouve son salut économique grâce à l’industrie textile pendant la révolution industrielle. Néanmoins ce domaine d’activité trouve sa source un peu plus loin dans l’histoire de la ville, c’est en effet en 1463 que Pierre de Roubaix obtient le droit de lancer une industrie de la laine. Les ateliers textiles se développent ainsi de manière croissante tout au long du XVIIe et XVIIIe siècles, créant une véritable dynastie de marchands et de fabricants au coeur de Roubaix. Puis, en 1820, la machine à vapeur fait son apparition et conduit à la prolifération immédiate des grands ateliers roubaisiens. À la fin du XIXe siècle, le rayon d’action de Roubaix s’étend au monde entier, la ville s’affirmant comme capitale mondiale du textile. Cette grande prospérité participe à l’enrichissement des grands industriels de l’époque dont faisait parti Pierre Catteau.

Grâce au succès de son entreprise, Pierre Catteau décida de se faire faire construire un hôtel particulier au 45 rue du Grand Chemin où il résidait à partir de 1869. Les plans de la demeure, détenus par les archives roubaisiennes, montrent un terrain d’un hectare vingt-neuf ares. C’est Edouard Dupire-Rozan (1844-1901), qui fut choisit par Catteau. L’architecte lui proposa un projet d’hôtel bâti entre cour et jardin. La parc fut élaboré en collaboration avec l’architecte-paysagiste Georges Aumont (qui est également l’auteur du Parc Barbieux). On note d’ailleurs une ressemblance assez frappante entre les deux parcs qui ont été construits à la même époque.

L’hôtel de Pierre Catteau est très inspiré du style architectural de la Renaissance. La façade étant assez sobre mais toutefois marquée d’une certaine originalité par cette couleur bleue, il faut entrer dans la cour intérieure du bâtiment pour observer l’influence de l’architecture de la Renaissance. En effet, on observe une deuxième façade en pierre blanche rythmée de brique rouge qui lui donne un certain ancrage nordiste. Celle-ci, à l’inverse de la principale, est une surenchère d’ornementations : colonnes corinthiennes et pilastres marque la symétrie caractéristique du style Renaissance. Au centre, une porte en bois sombre est encadrée d’une arche en pierre noire surmontée d’un ange. Les lampadaires disposés judicieusement donne l’effet d’une rue. Cette impression pourrait être l’explication à la troublante sobriété de la façade donnant sur la rue en comparaison de celle de la cour : la cour est une sorte de rue, une placette, intime. Troublé, je remarque que les 3 autres façades qui m’entourent gardent une sobriété timide qui nous rappelle l’architecture des usines de l’époque avec les grandes fenêtres arquées. Ces deux ailes n’étaient d’ailleurs pas utilisées par Pierre Catteau, le rez-de-chaussé servait de remise et d’écurie et les étages abritaient le personnel. De plus, deux porches ornés d’une tête de cheval rappellent cette ancienne fonction, lesquels assurant la jonction avec la façade en front de rue. L’intérieur garde la majestuosité de la porte par laquelle on entre, après avoir gravi le perron en pierre qui théâtralise cette entrée. Le lien entre intérieur et extérieur se manifeste également dans un carrelage géométrique qui alterne entre couleurs brique et blanc cassé, rappelant le jeu graphique de la pierre et des briques sur les façades. La façade donnant sur le parc retrouve la symétrie dans sa construction ainsi qu’un avant-corps central entouré de deux façades latérales. Le parc est, lui, marqué par la sobriété. Effectivement, Georges Aumont joue d’avantage sur le parcours et la circulation que le spectaculaire. La déambulation suit un chemin à deux entrées tracé en une courbe marquant deux ellipses dans le parc, là sont disposés des arbres dont l’agencement laisse voir quelque chose de bien moins rigide que l’architecture. Cependant, on ne peut noter aucune réelle rupture entre les deux. Le raffinement de l’hôtel se retrouvant dans la sensualité et la douceur du parc.

L’hôtel de Pierre Catteau a été, selon sa volonté, légué à la ville de Roubaix. L’hôtel devint alors Palais de Justice de la ville et tribunal de commerce. Il est aujourd’hui le conseil des prud’hommes chargé des affaires administratives (tribunal d’instance). L’hôtel et le jardin sont inscrits au répertoire des monuments historiques depuis 1998.

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