Le Château
Victor Vaissier

Identifié au patrimoine de France, le Château Vaissier aussi appelé Palais du Congo a été édifié en 1892 à la demande de Victor Vaissier, un fabricant local de savon. Personnage exubérant et autoproclamé « Prince du Congo », il eut l’idée, pour satisfaire sa folie des grandeurs et se dépayser de son usine de production, de se faire construire une immense demeure aux accents orientaux. C’est l’architecte Edouard Dupire-Rozan qui se vit confier cette tâche. Il construisit tout un univers visuel, lors d’une grande parade carnavalesque sur le thème africain organisé en 1887 à Roubaix: il fit preuve d’audace aux yeux de ses contemporains pour véhiculer l’image de marque de ses savons. La construction de son château y contribua également : le palais a constitué un formidable coup de pub pour ses produits. Empreint d’une mode de l’exotisme très forte au XIXe siècle, le château reflète la culture coloniale renforcée par l’immigration.

Vicor Vaissier avait d’abord envisagé de « faire construire un château monté sur quatre éléphants », d’après une fameuse citation. L’architecte ne crut pas pouvoir réaliser un tel projet pour des questions pratiques. Ce thème est toutefois très présent dans la décoration intérieure. Il se trouve qu’en 1890, époque de la construction, les sources picturales de bonne qualité sur le patrimoine africain étaient rares, et généralement non exploitables. En revanche, la polychromie des bâtiments de l’Exposition de 1889, l’utilisation des céramiques et mosaïques ont constitué une inspiration de premier choix pour le savonnier.

À l’époque, la culture indienne que les européens avaient étant surtout reliée aux importations coloniales anglaises, il faut attendre 1850 pour que les Anglais se lancent dans une investigation architecturale plus approfondie et fournissent des éléments visuels concrets. Des bâtiments contemporains. Victor Vaissier ont pu faire partie de ses inspirations, comme le Royal Pavillon de 1821 et le projet de bains populaires à Dunkerque d’Albert Baert.

Le Palais du Congo se situait en limite de cinq communes : Mouvaux, Roubaix, Tourcoing, Wasquehal et Croix. Cette impossibilité de trancher renforce la singularité du bâtiment, ses origines floues, ses inspirations d’ici et d’ailleurs. Le quartier excentré du Blanc-Seau en faisait vraiment un lieu oscillant entre la discrétion et l’indécision de sa position géographique, et le luxe ostentatoire dont il se réclamait. Faite pour être vue, la structure était visible sur 360°, grâce notamment à la circonférence du parc qui l’encadrait.

On évoque souvent la difficulté d’entretien du palais et son mauvais état pour justifier sa destruction. Mais la raison la plus évidente semble être la promotion immobilière ; les 5 hectares de parc pouvaient servir à des habitations plus rentables. En 1929, sa démolition fut orchestrée et scénarisée par la presse locale de l’époque, qui mettait en valeur l’effondrement du dôme qui faisait sa renommée.

À l’aube du XIXe siècle, la typographie est tributaire des nouvelles nécessités émergentes liées à la publicité : on privilégie des caractères très grands et on s’éloigne des caractères classiques liés au besoins de labeur. L’art nouveau émerge, expression du naturel en réponse à l’industrialisation massive du siècle. Parmi les plus célèbres typographies représentatives du mouvement : la Auriol et le Grasset. Ponctué de sinuosités organiques, le packaging met en valeur l’ornement jusque dans sa forme, très sophistiquée (la bouteille). Mêlant figures féminines et florales de l’art nouveau, les packagings présentent aussi des dorures et motifs géométriques qui rappellent les tapisseries et mosaÏques orientales. Cet univers se retrouve aussi dans l’architecture même : on pourrait faire l’analogie, par exemple, entre ces cernes sinueux qui détourent l’étiquette et la forme de la grille.

On retiendra que ce château se voulait résolument cosmopolite : avec son salon japonais, sa salle à manger Renaissance, son salon mauresque et sa salle à manger indienne... Il ne reste plus pour apprécier cette diversité que le pavillon du jardinier (à droite) et du concierge (à gauche). Le toit en bulbe de la maison du jardinier est la seule référence encore assez évocatrice de ce dôme qui faisait la renommée du palais.

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